Le zhulan, l'autre thé aux fleurs
Quand on évoque le thé chinois aux fleurs, on pense spontanément au jasmin. Pourtant, il y en a d'autres ! L'un des plus importants, surtout en Asie, est le thé à l'orchidée-perle — le zhulan. Son parfum ? Délicat sans être fade, concentré sans être entêtant.

Une petite perle de la Montagne Jaune
Le 珠兰花茶 zhū lán huā chá, « thé à l’orchidée-perle », doit son nom à la forme de sa fleur : une petite perle jaune. En revanche, ce n’est pas vraiment une orchidée — son nom scientifique est chloranthus spicatus. Elle pousse exclusivement en Asie du Sud-Est ; c’est pour cette raison que son parfum est moins ancré dans la mémoire olfactive occidentale que celui du jasmin.
En Chine, le plus connu des terroirs fournisseurs de fleurs de zhulan est 歙县 Shè Xiàn, le district de She, situé dans la Montagne Jaune. Naturellement, les feuilles de thé qui forment la meilleure association avec ces fleurs sont celles qui poussent, elles aussi, dans la Montagne Jaune — de toute manière, on ne peut pas faire un bon thé aux fleurs sans de bonnes feuilles de thé.
À la boutique, il y a deux thés au zhulan : un vert (non oxydé) et un rouge (oxydé).

Le thé vert au zhulan : le printemps
À l’ouverture du sac, les feuilles exhalent des parfums qui évoquent un paysage printanier de prairie séchant doucement au soleil, et des fibres végétales tressées — jonc de mer, bambou… Sur cette toile de fond, un subtil effluve se dégage, qui vient aiguillonner les narines.
Une fois les feuilles réveillées dans le gaiwan, quelques franches notes sucrées de fleurs s’épanouissent, tirant vers la violette. À la dégustation, les notes florales sont très présentes : à la fois suaves et acidulées, elles tiennent longtemps en bouche. Au fil des infusions successives, saveurs florales et acidité s’adoucissent, tout en restant bien là.

Le thé rouge au zhulan : l’automne
Si le thé vert au zhulan évoque le printemps, son frère du côté oxydé évoque l’automne. Les feuilles sentent les fruits secs, les fleurs séchées et le sucre caramélisé. Une fois réveillées, elles expriment des notes de bois précieux — en plus, évidemment, des fleurs dont elles sont imprégnées.
L’infusion donne une liqueur homogène, veloutée, « glissante ». Les notes florales s’épanouissent et, pour ainsi dire, « éclatent » en bouche, tel un feu d’artifice gustatif — surtout si l’on est attentif à la rétro-olfaction. Une légère pointe acidulée apporte une agréable sensation de fraîcheur.
C’est un thé de dégustation, harmonieux et profond, chic et élégant. Peu courant en France… c’est pourtant l’un des plus grands thés aux fleurs de Chine !

Beaucoup de choses à dire
Visuellement, on remarque la belle régularité des feuilles sèches du thé rouge au zhulan : propres, nettes, sans débris ni poussière. Elles sont aussi très résistantes aux infusions multiples. La rondeur inhérente à un thé oxydé est ici sublimée par les fleurs : une liqueur à la fois fruitée et florale, à la palette structurée en profondeur.
Pour reprendre les mots d’un client et ami : « C’est un thé qui a beaucoup de choses à dire… » À vous maintenant de venir l’écouter — le goûter.