Thé & Vin, deux cultures, un seul art de vivre
Le thé est à la Chine ce que le vin est à la France : un trésor du patrimoine, une affaire de terroirs, de temps et de moments partagés. Petit exercice de vies parallèles, en quatre chapitres.

Culture du thé, culture du vin
Une fierté nationale. Le thé est incontestablement un trésor du patrimoine culturel chinois — 加油中国 jiā yóu Zhōng Guó ! De la même manière que la France reste la référence en matière de culture vinicole et œnologique. Cocorico !
Des palettes diversifiées. Mais la France ne produit pas qu’un seul vin, et la Chine ne produit pas qu’un seul thé, tant s’en faut ! Terroirs, cépages et cultivars, couleurs…
Se cultiver pour l’apprécier. Aussi, pour mieux apprécier le thé comme le vin, il est intéressant de se plonger dans cette culture-là. Se cultiver, donc. Avec aussi une dimension d’exercice pratique : affûter ses yeux, son nez, et bien sûr son palais.

Temps du thé, temps du vin
Le rythme des saisons. Avec le thé comme avec le vin, nature et culture sont comme conciliées et en harmonie, au sens où le travail humain s’inscrit dans le rythme des saisons.
Prendre le temps. Il est d’ailleurs nécessaire, dans les deux cas, de prendre le temps — à commencer par le processus de fabrication, qui s’inscrit dans un temps long et demande patience, persévérance et sans doute passion.
Un moment ensemble. Boire une tasse de thé, boire un verre de vin… Les moments de consommation, là encore de manière très parallèle, peuvent être associés à une grande convivialité en toute simplicité, ou bien à une recherche approfondie dans l’art de la dégustation.

Accords du thé, accords du vin
Se mettre d’accord. On n’offre pas un verre de vin à un ennemi, pas plus qu’une tasse de thé. Ou alors, c’est justement qu’on a vidé querelle et qu’on est en train de faire la paix. Le moment où l’on boit une tasse de thé, le moment où l’on boit un verre de vin, c’est le moment où la boisson, plus ou moins magiquement, plus ou moins symboliquement, a mis tout le monde d’accord — au moins sur l’essentiel.
Trouver l’accord avec le mets. Entre amis, on boit… et on mange ! L’esprit du thé, comme l’esprit du vin, c’est aussi de trouver les accords entre ce que l’on mange et ce que l’on boit. Tel vin rouge charpenté avec telle viande, tel autre avec tel fromage. Tel thé rond avec telle pâtisserie, tel thé fumé avec tel plat de fruits de mer…

Esprit du thé, esprit du vin
Le Chan et le Saint-Sang. Dégustation de thé ou dégustation de vin n’impliquent pas nécessairement de cérémonie. Elles peuvent cependant être associées à une pratique spirituelle : le thé est un allié des moines pratiquant le bouddhisme 禅 chán (zen, en japonais). La légende veut que Damo (Bodhidharma, en Inde) vint prêcher en Chine en 475. Alors qu’il s’arrêtait dans le Henan, au monastère de Shaolin, les moines lui refusèrent l’accès. Il se mit alors à méditer pendant neuf ans, face à un mur. Furieux envers lui-même de s’être un moment assoupi, il se serait arraché les paupières pour s’assurer de rester éveillé, et les aurait jetées par terre. De ces terribles « graines » serait poussé un théier. De nos jours, « paupières de Bouddha » est encore une expression utilisée pour désigner des feuilles de thé roulées selon un certain façonnage, qui leur donne cette forme caractéristique. Parallèlement, le vin — le « Saint-Sang » — a lui aussi une place éminemment importante dans la liturgie chrétienne.
Ne pas perdre ses esprits. Il faut malgré tout noter une légère différence : si le vin comme le thé est, à dose raisonnable, un atout santé merveilleux, notamment pour ses vertus antioxydantes, le vin reste une boisson alcoolisée, susceptible d’entraîner l’ivresse. Cela dit, si l’abus de thé risque avant tout de déclencher une urgente envie d’uriner, le 茶醉 chá zuì, l’« ivresse du thé », existe aussi. Quoique moins spectaculaire, elle se caractérise par une sensation de stimulation et de grande détente en même temps.
Le thé, comme le vin, est une bonne chose… Alors mieux vaut ne pas en abuser.
