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La théorie du thé Novembre 2023 Par Lijun

Shen Nong, Lu Yu : le dieu du thé et son Classique

Le « dieu du thé » existe ! En chinois, on parle de 茶神 chá shén — et celui qui détient le titre s'appelle Lu Yu. Mais avant lui, il y a une légende : celle de Shen Nong, le divin cultivateur, et de quelques feuilles tombées dans une tasse d'eau chaude.

Une tasse de thé et un livre, aux origines de la légende du thé
Je n'oublierai jamais mon premier thé : un Long Jing. Vous souvenez-vous du vôtre ?
Lijun

La légende du divin cultivateur

Shen Nong, père de l’agriculture et de la médecine traditionnelle en Chine, aurait régné en l’an 2737 avant J.-C. D’après la légende, il faisait un jour sa sieste auprès d’un théier quand un vent léger fit tomber quelques feuilles de l’arbre dans sa tasse d’eau chaude. À son réveil, il savoura cette boisson délicatement parfumée et ressentit un indescriptible bien-être.

Le thé était né.

Lu Yu, le dieu du thé

Lu Yu, le dieu du thé

Le « dieu du thé » existe ! En chinois, on parle de 茶神 chá shénshén correspond à peu près à notre notion de « saint patron » d’un métier. Pour le thé, celui qui détient ce titre, c’est Lu Yu (733, Jingling – 804, Wuxing), qui vécut sous la dynastie Tang avant d’être divinisé.

S’il est devenu le dieu du thé, c’est parce qu’il est le premier à avoir rédigé une synthèse sur le thé : le 茶经 Chá Jīng, le Classique du thé. L’ouvrage réunit aussi bien les connaissances scientifiques de l’époque sur la plante que l’art et la manière de savourer la boisson, en passant par le matériel à utiliser et la qualité de l’eau selon les régions. C’est le tout premier ouvrage de « littérature du thé » de l’histoire de l’humanité. En Chine, il a le statut de 经 jīng, c’est-à-dire de « classique », de texte canonique.

La dynastie Tang, âge d'or de la civilisation chinoise

Un enfant des Tang

La dynastie Tang est un véritable âge d’or de la civilisation chinoise : la vie intellectuelle est florissante, les artistes sont soutenus par des mécènes, la culture chinoise rayonne jusque chez les voisins japonais, coréens et vietnamiens. Les trois grands courants spirituels de la pensée chinoise — confucianisme, taoïsme et bouddhisme — cohabitent harmonieusement et s’enrichissent mutuellement.

Lu Yu est très représentatif de son époque : enfant abandonné, il est recueilli dans un monastère et élevé durement dans la foi bouddhique auprès de l’abbé Zhi Ji. Il restera malgré tout fidèle aux valeurs confucéennes et jouira de la protection bienveillante de lettrés fonctionnaires — par exemple Zou Fuzi, à qui il est recommandé après avoir brillé par ses talents d’orateur dans une troupe de cirque, et auprès de qui il pourra approfondir ses études.

L'exil de Lu Yu et ses enquêtes de terrain

L’exil et les enquêtes de terrain

Lorsqu’en 758 éclate la rébellion d’An Lushan, qui marque le déclin des Tang, Lu Yu doit s’enfuir vers le sud. Cette vie de voyage est toutefois l’occasion de continuer ses recherches sur le thé. Alternant séjour dans un monastère ici, retraite à la campagne là, il se livre à de véritables « enquêtes de terrain », partant tôt le matin cueillir des feuilles ou examiner la qualité de l’eau de la région.

En plus du Classique du thé, c’est aussi à ce tournant de sa vie qu’il commence la rédaction de son autobiographie. Les autres témoignages le concernant sont surtout des poèmes écrits en son honneur par ses amis, comme le moine bouddhiste Jiao Ran, le calligraphe Yan Zhenqing ou la poétesse taoïste Li Ye.

Le Classique du thé, premier livre sur le thé de l'histoire

Ce qu’en dit le Classique

Pour finir, laissons parler le maître — deux passages du premier chapitre du Classique du thé :

« Le théier est par excellence l’arbre du Sud [de la Chine]. Il y a des théiers qui font un ou deux chi de haut [un chi ≈ 33 cm], et certains peuvent aller jusqu’à plusieurs dizaines de chi. Dans la région des montagnes de Ba et des cours d’eau de Xia, la circonférence du tronc de certains théiers est telle qu’il faut les bras de deux personnes pour en faire le tour. »

« Le thé est un breuvage découvert par le Divin Laboureur [Shen Nong]. La soif, l’excès de chaleur, le corps pesant, la migraine, la sécheresse des yeux, l’apathie des quatre membres et des cent articulations… quatre ou cinq gorgées de ce breuvage sont ni plus ni moins que le remède miracle à tous ces maux. »

Douze siècles plus tard, je ne dirais pas mieux.

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