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À la boutique Juillet 2024 Par Lijun

Quatre nouveaux thés pour l'été 2024

Retour de la récolte de printemps : quatre nouveaux thés rejoignent les étagères à l'été 2024. Un fumé légendaire, un grand cru de feuilles pures, et deux thés verts tout en douceur.

Le Lapsang Souchong, thé rouge fumé du mont Wuyi

Le Lapsang Souchong

« Lapsang Souchong » est la prononciation, dans le dialecte du Fujian, du mandarin 正山小种 zhèng shān xiǎo zhǒng : littéralement, « petites feuilles de la montagne authentique ». La montagne en question est le mont Wuyi, où se trouvent le village de Tongmu et sa réserve naturelle, lieu de naissance de ce thé. C’est donc un thé à petites feuilles, rouge — c’est-à-dire totalement oxydé — et fumé au bois de pin. C’est aussi le tout premier thé arrivé en Europe, rapporté par les Néerlandais il y a quatre cents ans.

Il existe dans des qualités très disparates, de la pâle imitation bon marché au produit « à la mode » hors de prix. C’était important pour moi de pouvoir le proposer dans une version supérieure en qualité, tout en restant à un prix abordable. C’est désormais chose faite !

Les feuilles sèches sont d’un brun très foncé, petites et très régulières — autant de signes de bonne qualité. Au nez, elles ont cet entêtant parfum de goudron de pin caractéristique, et quelques notes de longane séché. À l’infusion, la liqueur oscille entre le cuivré et le doré, particulièrement brillante. On retrouve les notes résineuses à la dégustation ainsi que, plus subtiles, des évocations de réglisse, de tabac, de cola… Étonnamment, pas d’astringence — et une longueur en bouche exceptionnelle.

C’est un thé de caractère : n’hésitez pas à réduire le temps d’infusion au minimum. Il est d’ailleurs très résistant à l’infusion, ce qui permet de réemployer les mêmes feuilles. En termes de sommellerie, il s’accorde parfaitement avec des viandes au goût prononcé et des plats épicés — un curry d’agneau, par exemple.

Le Lu An Gua Pian, la graine de melon

Le Lu An Gua Pian

Comme son nom l’indique, le Lu An Gua Pian est originaire du mont Qiyun, dans les environs de Lu An, dans la province de l’Anhui. C’est l’un des dix meilleurs thés de Chine — et l’un des plus anciens aussi, puisque Lu Yu le mentionnait déjà dans le Classique du thé.

La grande particularité de ce grand cru est d’être constitué exclusivement de feuilles : aucune tige, aucun bourgeon. Ces feuilles passent par un processus de fabrication plus long et élaboré que pour d’autres thés. Leur forme en « graine de melon » — c’est ce que signifie 瓜片 guā piàn — est obtenue lors du dernier passage au wok, pendant lequel un petit balai en bambou sert à les brasser tout en les torsadant.

À l’aspect, les feuilles sèches se présentent comme de jolis copeaux, du vert tendre au vert sapin. Au nez, elles évoquent la gourmandise de graines oléagineuses grillées — tournesol, amandes, noisettes… À l’infusion, la robe est limpide, tirant sur le jaune très clair ou l’or blanc. La palette aromatique est riche et puissante : les saveurs de graines grillées habillent de rondeur les notes végétales du thé vert, reléguées au second plan.

Très peu d’amertume, aucune astringence, beaucoup d’umami : l’allié idéal des bouchées vapeur, des légumes braisés, du poulet grillé, des plats de crevettes — ou d’une tranche de melon. C’est enfin le grand cru parfait pour (re)découvrir le thé vert, notamment si les notes herbacées habituelles vous rebutent : ici, elles sont absentes.

Le thé vert à l'orchidée-perle

Le Zhu Lan Huang Shan Mao Feng

Un thé vert tout en délicatesse ! Traduit mot à mot, 珠兰 zhū lán signifie « orchidée-perle » — mais la fleur désignée est en réalité le chloranthus spicatus. Celle-ci ne pousse qu’en Asie du Sud-Est, généralement en montagne. Elle se présente sous la forme de toutes petites boules jaunes, sans pétales et riches en huile essentielle. Elle est utilisée comme plante d’ornement, en médecine traditionnelle chinoise contre les rhumatismes et, bien sûr… pour parfumer le thé. C’est son odeur qui la rapproche de l’orchidée, quoique plus forte.

Dans ce thé, elle apporte des notes évidemment florales, quelque part entre la violette et le chèvrefeuille. Comme pour le thé à l’osmanthe et le thé au jasmin que je propose, il ne s’agit pas d’un thé aromatisé artificiellement : le parfum des fleurs est imprégné dans les feuilles par brassages successifs. Sa douceur florale, qui éclipse totalement le côté herbacé habituel du thé vert et tient une belle longueur en bouche, est encore une belle occasion de (re)découvrir le thé vert.

La goutte d'eau parfumée

Le Di Shui Xiang, « goutte d’eau parfumée »

滴水香 dī shuǐ xiāng : un nom à la fois simple et évocateur, que porte bien ce thé vert tout de douceur et de rondeur ! Il est originaire de la Montagne Jaune, dans l’Anhui, dont je vous ai déjà beaucoup parlé.

Les feuilles sèches ont effectivement la forme de petites boulettes — de petites gouttelettes —, du vert très sombre au kaki plus clair. Elles évoquent légèrement certains bois précieux, comme le vétiver ou le santal. Une fois humectées et réveillées, elles révèlent plutôt des notes de petits agrumes frais, qu’on retrouve dans la liqueur. Celle-ci a une texture plaisante, très liée, pour ainsi dire « onctueuse ».

C’est un thé très doux, sans agressivité, très digeste : peu ou pas d’amertume, peu ou pas d’astringence. Il est plutôt résistant à l’infusion — il faut le laisser délivrer ses arômes petit à petit. Pourquoi ne pas utiliser un verre « long drink », pour prendre le temps de contempler le spectacle des feuilles se déployant lentement dans l’eau ?

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