Anhui 2023 : des jardins de M. Zha au laboratoire du thé
L'Anhui, à l'ouest de Shanghai, est une belle région où la nature est encore bien préservée — et sur les dix grands thés de Chine, trois viennent de là. Voici le carnet de mon voyage de l'été 2023 : des jardins aux laboratoires, et jusque chez mon futur maître de thé.

Les jardins de l’Anhui
L’安徽 Ān Huī est la province située à l’ouest de Shanghai. C’est une belle région, où la nature est encore bien préservée. Parmi les dix grands thés de Chine, trois viennent de cette région : le Huangshan Maofeng, le Qimen Hong Cha — vous pouvez retrouver ces deux-là à la boutique ! — ainsi que le Liu An Gua Pian.
Sur ma route, j’ai eu la chance de rencontrer M. Zha, à la tête d’un jardin du district de Shouning, la plus grande plantation de thé biologique de Chine. M. Zha est un ancien vétérinaire de village. Mieux encore qu’un passionné de thé, c’est un amoureux de la nature, des animaux et des végétaux.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’aspect des feuilles un peu mangées par les insectes et entourées de « mauvaises » herbes est en fait une bonne nouvelle : ces herbes et ces petites bêtes ont leur utilité, parce qu’elles fertilisent la terre. Comme le dit M. Zha : « Le thé nous fait vivre… mais il faut partager : il doit les faire vivre aussi. » Ce geste envers la nature m’a profondément touchée. C’est une belle trouvaille que j’ai faite au cours de mon aventure !

Dans les usines
La demande en thé a beaucoup augmenté ces dernières années — peut-être les bienfaits du thé pour la santé trouvent-ils de plus en plus d’amateurs ? En tout cas, il a fallu augmenter les quantités produites, et les machines sont de plus en plus utilisées. Cependant, les technologies sont toujours mises au point dans le but de respecter le geste traditionnel. Ceci vaut pour les étapes de transformation du thé ; la cueillette, elle, reste entièrement artisanale.
Ici, l’industrie et le savoir-faire traditionnel cohabitent harmonieusement.

Au laboratoire du thé
Quand on pense à la fabrication du thé, on a souvent en tête l’image des cueilleurs à l’ouvrage. Pourtant, ce n’est là qu’une étape. Une des plus importantes est celle qui consiste à déterminer la qualité du thé — c’est-à-dire son grade, et donc… son prix. C’est le travail des inspectrices et inspecteurs qualité.
Comment juger de la qualité d’un thé ? En Chine, cela se fait selon cinq critères :
- l’aspect extérieur des feuilles avant infusion (forme et couleur) ;
- le parfum ;
- le goût de la liqueur ;
- la couleur de la liqueur ;
- l’aspect des feuilles après infusion.
Être inspecteur qualité nécessite des études longues et poussées, mais le bagage technique n’est qu’un outil : ce qui compte, ce sont les années d’expérience pratique et la sensibilité. Aiguiser sa vision, affiner son olfaction, développer sa palette gustative — tout un entraînement, auquel s’ajoute la précision des gestes. Le prélèvement d’un échantillon requiert déjà une vraie maîtrise : les feuilles sont disposées sur un petit plateau en bois que l’inspecteur secoue à la manière d’un tamis, pour constituer trois « tranches » et déterminer dans quelles proportions se répartissent les feuilles grossières et légères, les belles feuilles charnues, et les feuilles fines, cassées ou en « poussière ». Ce sont bien sûr les feuilles de la tranche médiane qui font monter le thé en grade !
Notre époque a tendance à remplacer l’humain par la machine. Mais certaines tâches nécessitent une sensibilité et une touche proprement humaines. À chaque fois que vous dégustez un thé, ayez une pensée pour ces gens au travail méconnu, pas forcément mieux payés, mais heureux de vivre de leur passion.

Rencontre avec un maître de kung fu… du thé !
Un des buts de mon voyage était d’approfondir mes connaissances auprès d’un bon professeur. Je suis allée voir la professeure Yang Liu, installée dans le Zhejiang. Ingénieure en énergie de formation, elle s’est consacrée entièrement au thé par passion depuis une trentaine d’années : elle a passé beaucoup de temps à voyager à travers la Chine et à en visiter les jardins, et a remporté en 2019 le premier prix du concours national dans le domaine du thé.
Selon elle, il s’agit d’être comme une « confidente du thé » : apprendre à être attentive au thé, par le regard, le nez et la bouche, afin de « lui donner la possibilité d’exprimer le meilleur de lui-même ». Ce n’étaient pas des cours classiques : nous avons chaque jour dégusté des thés différents, parmi les meilleurs de Chine. C’est en se familiarisant avec les meilleurs thés, dit-elle, que l’on peut ensuite juger des défauts ou des excès des thés de moindre qualité.
J’ai longtemps été assez réticente à la pratique du gong fu cha, le « kung fu du thé ». Mais à son contact, j’ai revu mon jugement : je me suis rendu compte que le côté rituel et la simplicité n’étaient pas forcément incompatibles. Quand je bois une tasse de thé qu’elle me sert, non seulement le thé me raconte son histoire, mais il me raconte aussi son histoire à elle ! C’est magique et bouleversant.
Cette rencontre humaine et cette exploration du monde infini du thé m’ont beaucoup émue. Je suis d’ailleurs retournée la voir l’année suivante — je vous l’ai raconté dans mon journal de la Montagne Jaune.
